Résidence d'artiste Amalgame à Villers sur Port (association Aéca, Communauté de Commune et Drac et Frac Franche Comté)
Retours. A l’origine du projet, l’envie de
travailler à partir d’images préexistantes, comme lien direct à la mémoire d’un
territoire et de ses habitants. Proposant aux habitants de nous montrer leurs
albums de photographies, nous nous sommes constitués un fond commun d’images,
enrichit d’archives et de témoignages.
Dans Détours, Lionel Pralus a isolé des
détails de ces archives, les confrontant à des paysages sur lesquels il s’est
focalisé avec la même attention. Cette confrontation est aussi présente dans
ses textes, mêlant faits divers et propos recueillis, toujours dans une
ambivalence entre trace réelle et réalité réinterprétée.
Travaillant
sur l’idée d’une mémoire relative, il brouille les pistes et le langage,
proposant des amorces de récits, mais qui ne prennent forme que dans un espace
fantasmé.
Il en va de même pour Hortense Vinet avec Votre Vie est Douce et Belle, dans le
rapport du texte à l’image qui intime à se détacher des apparences. Se laissant
porter par une libre interprétation de l’horoscope du quotidien régional,
Hortense dresse un journal sans début ni fin, égrainé par des dates marquant
son passage sur le territoire. Les horoscopes, véritables sentences, viennent
marquer des personnages à l’identité effacée (référence aux photographies
dégradées par le temps), réceptacles de nos peurs, de nos envies, d’une vie que
l’on rêve et qui s’avère parfois douloureuse.
Rien, mais les arbres (de Lucie Pastureau) prend la forme
d’un journal intime, dans le sens où il est centré sur sa propre expérience de
ce territoire, reflet de rencontres, d’observations teintées d’une poésie
sèche, comme ces mots que l’on aimerait parfois ne pas entendre.
Dans ses Nécrologies, Lucie revient vers la
presse. Les mots sont là, nous parlant de ceux qui ne sont plus. Elle se les
approprie, tout comme ces images d’où émergent des visages mêlés aux autres
nouvelles du quotidien.
Les identités
se brouillent, les visages ne sont plus ceux d’hommes ou de femmes, mais ceux
d’êtres en disparition. Dans les textes même, l’identité est trouble, le genre
ne compte plus ; de la multitude d’identités se dégage une banalité.
Brouiller
les pistes.
La presse locale étant présente en filigrane dans
nos travaux, nous l’avons utilisée comme matériau dans des installations qui
font sortir la photographie de son cadre traditionnel.
Ce désir de nous réapproprier le réel, nous a
amené à extraire des phrases de la presse qui deviennent, de par leur isolement
et leur processus d’installation, des «phrases sentences» et prennent malgré
elles une portée historique, politique, ou morale. Nous avons juxtaposé à ces
phrases des images du journal, agrandies. Le changement d’échelle tend lui
aussi à en modifier le sens. Phrase et image se mêlent, se laissant plus ou
moins décrypter. Sortis de leur actualité, les mots comme les images deviennent
ambiguës, laissant au spectateur un large choix d’interprétations possibles.